Tartuffe de Molière dans une mise en scène de Mario Gonzalez au Petit Chien du 5 au 27 Juillet à 15h25

Ce spectacle de masque, ou plutôt cette interprétation du jeu par des masques qui ne laissent apparaître que la bouche, avec une expression neutre, mais dont les traits physionomiques laissent apparaître certaines caractéristiques et expressions caricaturales. Ces masques semblent pourtant nous révéler et nous montrer les ressorts de la comédie et du tragique de la situation, mais cela n’est pas assez performatif.

 

Le jeu se trouve beaucoup trop réduit derrière la lourdeur du masque, qui bien qu’il ne nous empêche pas foncièrement de comprendre la clarté du texte, nous ôte un côté comique de geste et de jeu, que le masque dans cette mise en scène ne remplit pas tout à fait. Le personnage se trouve enfermé dans son masque, et à l’exception du rôle d’ Orgon et du faux dévot, les autres comédiens ne maîtrisent qu’imparfaitement cet art du masque.

 

Le masque, porté mal à propos, nous donne en effet à entendre une autre voix, mais quelle voix ?

Le souffle du comédien n’a ici aucune amplitude et la voix résonne dans ce bois creux, où gît le vrai visage du comédien, sa vraie nature céleste, celle d’incarner le rôle, d’immoler cette peste dont nous parle Antonin Artaud.

 

Ici, le texte de Molière nous sauve de l’ennui, et bien que ce Tartuffe soit un comédien accompli, il n’en n’est pas de même pour le reste de la troupe. Il me semble qu’il reste encore un travail à réaliser sur l’utilisation du masque. La voix, qui fût la plus travaillée par les comédiens, à la fin et dès le début perdait tout crédit, parce que trop portée vers la bonhomie et la caricature, elle perdait tout comique, et nous rendait sourd à toute expression.

 

L’univers ici crée manque d’accomplissement, pourtant il nous faut souligner la beauté des costumes et des masques. Le décor est fait de tapisseries, vide d’objet mais pleins de si drôle esprits, il forme bien cette arène où Orgon est enchaîné par un Tartuffe trop prompt à le tromper.

Nous n’allons pas ici blâmer Molière de ce beau texte en alexandrin, mais le masque total porté par l’ensemble des personnages ne nous enivre pas, et nous cache même leurs émotions les plus enfouies.

 

L’être et l’acteur ne se révèle pas dans ce masque terni de la réalité, et ce pour la seule raison que l’ambition de ne montrer que le personnage est bien trop hardie pour cette troupe. L’ensemble est d’une très belle facture, excepté le jeu des masques, mais je trouve que ce parti-pris n’apporte rien au texte de Molière, le côté tragique qui voudrait être ici accentué se perd dans la teneur comique de l’ensemble du texte, et c’est justement par la catharsis de la comédie que la tragédie apparaît et non pas l’inverse.

 

Ce spectacle reste par ailleurs un agréable divertissement pour qui veut entendre pour la première fois cette grande pièce de Molière.

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