Ruy Blas ou la folie des moutons, d’après l’œuvre de Victor Hugo au Théâtre Notre Dame à 16h15 dans une mise en scène de Axel Drhey

Cette représentation est assez ambitieuse, elle prétend réinterpréter l’histoire et la pièce de Ruy Blas avec une certaine modernité pour créer une œuvre singulière. Pour un public familial, peu exigeant et peu coutumier des salles de spectacles, le pari est réussi . En revanche, le spectateur exigeant est vite lassé par un fossé réel entre le film d’Oury, « la folie des grandeurs », dont on peut entendre des scènes entières reprises et jouées avec moins de talent et d’humour, et le texte de Victor Hugo, l’histoire centrale, le propos, complètement dénaturé par la multiplication des digressions et des artefacts qui rendent difficile le suivi de la pièce. C’est au milieu de ce fouillis que les moutons noirs trouvent leur création.

Évidemment, tout n’est pas noir, les dérisions ne sont pas assez assumées ou sont trop grossières et les comédiens à l’exception notable de Julien Jacob (Ruy Blas) et de Bertrand Saunier (Don César), ne maîtrisent et ne canalisent pas suffisamment leur énergie. Il y a un côté beaucoup trop surjoué et surfait chez la plupart des autres comédiens, notamment chez Roland Bruit, qui est certes un personnage très attachant, et qui incarne un pan de cette modernité à travers l’expression du rap, mais qui n’assume pas cette dérision. Il chante du rap, pour chanter du rap, il ne lui confère aucune profondeur, ce qui en fait une hideuse velléité.

Il y a cependant quelques inventions intelligentes dans cette mise en scène, particulièrement dans la représentation des grands d’Espagne, incarnés par des masques de V ( V pour Vendetta d’Alan Moore et David Lloyd), dont les corps prennent vie par le souffle de l’acteur. Le décor est fort réussi et avec peu d’objets, crée un véritable univers, dans lequel on le ressent, les acteurs évoluent avec plaisir. Mais ce plaisir même nous est inaccessible tant la structure du texte crée une confusion entre tragédie et comédie. L’alternance avec les textes de Hugo et du scénario de la Folie des grandeurs et des moutons noirs crée une fosse poétique qui nous met mal à l’aise. C’est ce mélange symbiotique du drame qui par son non-accomplissement crée ce vide et ce néant poétique. Toute la force du drame perd de sa vigueur, enterré par la musique sans relief et d’une langueur infinie, qui semble réduire ce drame a un simple conte, ce que ne fait pas le film de Oury, qui lui est une véritable comédie empreinte de poésie et qui n’oublie pas l’essence du drame malgré la transformation initiale.

Or, cette histoire n’est pas un conte, il n’y a pas définitivement des méchants et des gentils et Ruy Blas n’est pas qu’un pauvre bougre, la reine n’est pas seulement une femme délaissé par son mari et qui aime Ruy Blas par étapes, c’est une véritable histoire d’amour impossible. « Ce vers de terre amoureux d’une étoile » ne transparaît pas dans cette adaptation, et c’est foncièrement regrettable. Ce qui apparaît le plus dans cette adaptation, et ce à tort, c’est la mise en évidence de la machination de Salluste, qui devient assez rédhibitoire. Le comédien Matthieu Alexandre en fait beaucoup trop, il n’a pas une maîtrise complète et totale du comique, certes il est ridicule, dans des situations ridicules, mais il gesticule, il crie, et il n’est pas drôle.

Il s’agit là il me semble d’une méprise sur ce qui peut faire une folie, cette folie n’est pas entière, elle ne perce pas les flammes du drame incarnée par le drame hugolien et les rires du comique incarné par le film de « La folie des grandeurs », cette « folie » des moutons noirs n’en n’est pas une, c’est davantage une aberration.

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