Trois nuits avec Madox de Matei Visniec par la Cie « Fani Tardini » à l’Atelier 44 du 5 au 27 Juillet

La pièce se déroule dans un univers propre à Mateï Visniec, une sorte de drame becketien où les personnages sont confrontés à leurs propres contradictions et n’ont pas d’issues préétablies à leur univers, où l’ennui et la désolation règnent, où l’alcool, le billard, les dés sont les seules choses autour desquelles on peut se retrouver pour partager un moment de convivialité.
L’atmosphère de la scène est assez travaillée par une mise en scène qui utilise des bruitages maritimes et une gouttelette d’eau qui au cours de la pièce vient frapper la surface d’un seau en un doux bruit métallique, qui crée une sorte de décompte du temps, comme si il s’agissait d’une clepsydre. La notion du temps est extravertie et la pièce nous raconte l’histoire de cinq personnages, qui ont passés la nuit avec le même étranger, Madox, qui bien qu’étant une figure du dédoublement, est aussi le personnage de l’absence, qui n’apparaît pas mais dont on ne cesse de parler. Cet étranger au village fait l’objet de toute l’attention des personnages, qui voient en lui une forme de palliatif à la solitude et un ami singulier à qui l’on peut parler et se confier. On a l’impression qu’il parle mais en fait il nous écoute.

La scène évoque un bar quelque peu défraîchi, mais qui constitue un véritable lieu de passage où les personnages se retrouvent au petit matin après avoir accompli leur travail.

Le texte est d’une très grande beauté, plein de bon sens et d’humour, il nous présente des personnages sincères, bienveillants et très attachants. Le tragique de la situation est assez drôle et crée une vraie intensité de jeu et une vraie progression vers la volonté de détruire cet être et son ubiquité inquiétante et terrifiante alors qu’il incarne dans l’individualité de chaque personnage, non pas véritablement une attraction, mais surtout une présence rassurante et pénétrante.

Un écran projette une image mobile de la mer dessinée et quelques parcelles éparses de sable fin parsèment la scène. La mise en scène est assez intéressante, mais sans attraits et artifices remarquables. Le véritable travail se trouve dans l’interprétation du texte de cette troupe roumaine dans un français non dialectal, ce qui donne au texte encore plus de profondeur par la subtilité des accents des comédiens. Chaque personnage est remarquablement interprété et nous donne une véritable impression d’intimité avec son histoire et sa vie.

De plus, pour nous aussi spectateur, il est tout à fait possible que nous venions de passer la nuit avec Madox, de se poser les mêmes questions, de se confronter aux mêmes incohérences et de ne trouver aucune réponse et aucune issue à cette apparente supercherie. Ce spectacle poétique nous montre avec sincérité les rêves et les espoirs déchirés par la propre nature de l’homme, celle de ne pas être seul, d’avoir toujours quelqu’un avec qui partager des instants et des jeux, un jeu que l’étranger invente où personne ne gagne et où personne ne perd, un jeu qui puise dans les profondeurs enfouies du désir, la source intarissable de l’imagination.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s